Accéder au contenu principal

Hideout - Masasumi Kakizaki, Ryoko Akiyama



Seiichi Kirishima a décidé d'emmener sa femme en virée, histoire de retrouver ce qui a été perdu dans leur couple, de repartir de zéro. Du moins c'est ce qu'il tente de lui faire croire car en réalité, ses motivations sont moins nobles. Repartir de zéro, certes, mais en solo. Pour ce faire, il doit se débarrasser de sa femme, et nul lieu n'est mieux choisi qu'une forêt lugubre et peu fréquentée. Seulement sa tentative va être enrayée par la rencontre avec d'étranges personnages rencontrés dans un grotte.

 L'un des points forts d'Hideout est de nous présenter le narrateur comme un homme plein de bonne volonté avant d'en dévoiler les véritables desseins et sa part d'ombre grandissante. Ainsi, sombre-t-il lentement mais sûrement dans les abîmes de la démence et monte crescendo dans un état de violence et de perdition. Sa rencontre avec les étranges énergumènes peuplant la grotte dans laquelle il pénètre de manière fortuite va accentuer une bestialité someillant dans ses tréfonds. Nombre de flashback permettent de cibler les failles de cet homme : le traumatisme dû à la disparition de son fils ainsi qu'à son échec en tant qu'homme, auteur et père de famille. D'autre part, ce manga se révèle assez séduisant par la qualité de ces dessins, une efficacité qui ressort d'autant plus dans les scènes d'épouvante ou d'horreur.

Là où cette bande-dessinée pêche c'est dans la profondeur psychologique qui est tant bien que mal retranscrite. Le personnage de Seiichi n'est certes pas dénué d'intérêt, mais sa descente aux enfers et le délire dans lequel il sombre laissent quelque peu sur la faim. Est-ce dû au format one shot qui révèle une expérience trop courte? Ou au sort de ce personnage principal que l'on devine au fur et à mesure? Ce qui rend la fin presque convenue. A noter que l'absence de profondeur des autres personnages - dont on ne sait finalement rien - freine considérablement l'ampleur à laquelle aurait pu prétendre ce manga.

Il serait injuste de considérer Hideout comme étant un mauvais manga, notamment au regard de sa qualité graphique indéniable et de son histoire audacieuse (qui n'est pas sans rappeler The descent). Cependant, il n'en reste pas moins qu'on aurait pu en attendre davantage de cette production. Peut-être si elle avait été déclinée sur deux ou trois tomes.

Commentaires

  1. Non, je ne pense pas, le format One-shot lui va à merveille. Justement, la brièveté du récit, la chute exemplaire contribuent à faire de ce manga un condensé d'horreur. Et si la psychologie de Seiichi est plus développé que les autres c'est qu'il est le narrateur de l'histoire et que le lecteur est plongé dans ses pensées, de fait, il est normal qu'il se sente "plus proche"... jusqu'à prendre sa place ???

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Les derniers jours de Stefan Zweig - Sorel, Seksik

En étant un peu sarcastique, on pourrait considérer que le principal défaut de Stefan Zweig a été d’embrasser la cause humaniste à une époque où l’humain était remis en question compte-tenu des barbaries perpétrées. Pour cet homme qui fut, rappelons-le, un des plus grands écrivains de la première moitié du XXe siècle - orientant son œuvre sur la psychologie de ses personnages – il fallait fuir, au regard de ce qu’il se passait dans le pays qui l’a vu naître. Mais avec elle, c’est bien l’ensemble de l’Europe qui est en train de brûler tant au sens propre qu’au sens figuré.
L’exil fut, pour cet homme le dernier recours pour ne pas sombrer. L’Amérique est alors une destination de choix pour délaisser un continent fangeux avec ses idées dans la boue . Après avoir goûté au crachin londonien et quitté New York à contre cœur, c’est au Brésil qu’il trouve un simulacre de havre de paix, un monde chaleureux. En apparence, du moins, car Zweig ne néglige pas les horreurs qui se trament de l’autre…

La Grande Odalisque - Vivès, Ruppert et Mulot

« Tu fais quoi dans la vie, Alexandra ? -Moi ? Pas grand-chose. Des bêtises. -« Des bêtises ? » Mais c’est génial comme métier. C’est exactement le plan de reconversion professionnelle qu’il me faudrait… Tu embauches ? » Alors qu’il continue de briller chez Shampooing en publiant ses notes de blog sous des thématiques bien précises (« Le jeu vidéo », « L’amour »…), Bastien Vives se joint à Ruppert & Mulot afin de s’offrir un trip à la Cat’s Eyes.
Pour tous les trentenaires qui ont fait leurs dents sur les dessins-animés du Club Dorothée, « Cat’s Eyes » (créé par Tsukasa Hojo, auteur également de « City hunter ») renvoie aux premiers émois libidinaux ressentis par le prisme d’un poste de télévision. A l’instar de Wonder Woman (campée par la délicieuse Lynda Carter) ces filles aux collants moulant jouant les cambrioleuses de charme ont émerveillé plus d’un bambin, à commencer par moi. Quand on a dix piges, impossible de ne pas avoir les yeux exorbités face à ces corps aux courbes lasci…

Éloge de la masturbation - Philippe Brenot

Ah, la masturbation, sujet tabou, et pourtant pratique au combien répandue... Paru il y a maintenant une dizaine d'années, cet Eloge de la masturbation tend à réhabiliter voire même vanter cet acte devenu somme toute assez commun en ce début de XXIe siècle mais dont l'approche a considérablement évolué au fil du temps.


La sexualité ayant été tabou des siècles durant, on ne s'étonnera pas du fait que l'autoérotisme et sa manipulation la plus fétiche eurent droit à des réprimandes bien corsées. Terme vraisemblablement apparu pour la première fois sous la plume de Montaigne, la masturbation va devoir son caractère impie à la découverte par Leeuwenhoek en 1677 de spermatozoïde dans le liquide seminal masculin. De fait, l'intégralité des médecins du XVIIIe siècle visera à condamner cette pratique, Brenot évoque ainsi une croisade "légitimée par une très grande peur, celle de la fin du monde, et le fantasme de la destruction de l'humanité, lorsque l&#…