Accéder au contenu principal

Jpod - Douglas Coupland


Jpod, c’est une équipe de développement de jeu vidéo (constituée, par extension, de Jpoders) qui planche initialement sur une simple simulation de skateboard. Ca, c’est avant que ce programme ne soit saboté par Steve, le chef du projet qui souhaite ajouter une torture à ce jeu de planche à roulette. Pourquoi ? Parce que les tortues, c’est fun. Le jeu sera rebaptisé BoardX, une véritable trouvaille en termes de communication à en croire ce dernier : « Le message que le X adresse au monde, c’est : tendance et audace, punk et funky. Ca dit au monde qu’on n’est pas juste un jeu moyen. » Un tel constat est peut-être effarant aux yeux de l’équipe, n’empêche que Steve a sauvé Toblerone de la faillite, alors on peut bien lui faire un peu confiance.

Ethan Jarlewski, le protagoniste du roman en question est un des membres de cette fine équipe et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il en est probablement le maillon le plus stable. Car il côtoie au sein de cette entreprise une nymphomane notoire, un collègue qui a été élevé dans une communauté lesbienne et n’a découvert le monde capitaliste qu’à la fin de sa puberté, ou encore un bonhomme que l’on a arbitrairement surnommé Mark le maléfique. Sans compter Kaitlin, la dernière arrivée qui se demande bien quelles exactions elle a pu commettre dans une vie antérieure pour se retrouver confinée avec une bande de loser pareils. Car on glande pas mal chez Jpod, et les joyeux drilles, quand ils n’échangent pas des propos stériles ou ne zonent pas sur la toile, s’en donnent à cœur joie pour inventer des distractions futiles.

Mais il n’y a pas qu’au travail qu’Ethan est entouré d’étranges personnages, puisqu’au sein même de sa famille gravitent des profils pour le moins perturbant. A commencer par sa mère qui lui demande de l’aider à enterrer le cadavre d’un biker sorti de nulle part. Et que dire de son quinquagénaire de père qui ne désespère pas d’effectuer une apparition dans un film, et qui, en désespoir de cause ne trouve rien de mieux à faire que de tringler toutes les jeunes femmes qui veulent bien se donner à lui... Sans compter Kam, le mafieux chinois qui n’aura de cesse, au fil du roman, de s’incruster dans l’environnement d’Ethan.

Jpod est un petit bijou dans lequel on croise Itchy et Scratchy, des jeux de nombres sous formes de devinette et Douglas Coupland lui-même, une autoréférence d’autant plus amusante qu’elle est principalement décriée par Ethan alors qu’elle trouve grâce aux yeux de tous les autres. Dans ce roman, on écrit à Ronald McDonald, on apprend le chinois, on demande aux uns et aux autres quel est leur personnage préféré dans les Simpson et on baigne dans l’univers des geeks. Il est ainsi fait référence à Chrono Trigger, Zaxxon ou Baldur’s Gate, entres autres. Les gamers de tous poils se plairont à fréquenter un tel milieu avec des personnages aussi barrés et à suivre par-là même l’évolution du développement d’un jeu voué de toute évidence à un cuisant échec. On n’en dira pas davantage. Jpod est un roman totalement burlesque, décalé (en témoignent les nombreux jeux typographiques chers à Coupland) dont la lecture est tout simplement jubilatoire.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Les derniers jours de Stefan Zweig - Sorel, Seksik

En étant un peu sarcastique, on pourrait considérer que le principal défaut de Stefan Zweig a été d’embrasser la cause humaniste à une époque où l’humain était remis en question compte-tenu des barbaries perpétrées. Pour cet homme qui fut, rappelons-le, un des plus grands écrivains de la première moitié du XXe siècle - orientant son œuvre sur la psychologie de ses personnages – il fallait fuir, au regard de ce qu’il se passait dans le pays qui l’a vu naître. Mais avec elle, c’est bien l’ensemble de l’Europe qui est en train de brûler tant au sens propre qu’au sens figuré.
L’exil fut, pour cet homme le dernier recours pour ne pas sombrer. L’Amérique est alors une destination de choix pour délaisser un continent fangeux avec ses idées dans la boue . Après avoir goûté au crachin londonien et quitté New York à contre cœur, c’est au Brésil qu’il trouve un simulacre de havre de paix, un monde chaleureux. En apparence, du moins, car Zweig ne néglige pas les horreurs qui se trament de l’autre…

La Grande Odalisque - Vivès, Ruppert et Mulot

« Tu fais quoi dans la vie, Alexandra ? -Moi ? Pas grand-chose. Des bêtises. -« Des bêtises ? » Mais c’est génial comme métier. C’est exactement le plan de reconversion professionnelle qu’il me faudrait… Tu embauches ? » Alors qu’il continue de briller chez Shampooing en publiant ses notes de blog sous des thématiques bien précises (« Le jeu vidéo », « L’amour »…), Bastien Vives se joint à Ruppert & Mulot afin de s’offrir un trip à la Cat’s Eyes.
Pour tous les trentenaires qui ont fait leurs dents sur les dessins-animés du Club Dorothée, « Cat’s Eyes » (créé par Tsukasa Hojo, auteur également de « City hunter ») renvoie aux premiers émois libidinaux ressentis par le prisme d’un poste de télévision. A l’instar de Wonder Woman (campée par la délicieuse Lynda Carter) ces filles aux collants moulant jouant les cambrioleuses de charme ont émerveillé plus d’un bambin, à commencer par moi. Quand on a dix piges, impossible de ne pas avoir les yeux exorbités face à ces corps aux courbes lasci…

Éloge de la masturbation - Philippe Brenot

Ah, la masturbation, sujet tabou, et pourtant pratique au combien répandue... Paru il y a maintenant une dizaine d'années, cet Eloge de la masturbation tend à réhabiliter voire même vanter cet acte devenu somme toute assez commun en ce début de XXIe siècle mais dont l'approche a considérablement évolué au fil du temps.


La sexualité ayant été tabou des siècles durant, on ne s'étonnera pas du fait que l'autoérotisme et sa manipulation la plus fétiche eurent droit à des réprimandes bien corsées. Terme vraisemblablement apparu pour la première fois sous la plume de Montaigne, la masturbation va devoir son caractère impie à la découverte par Leeuwenhoek en 1677 de spermatozoïde dans le liquide seminal masculin. De fait, l'intégralité des médecins du XVIIIe siècle visera à condamner cette pratique, Brenot évoque ainsi une croisade "légitimée par une très grande peur, celle de la fin du monde, et le fantasme de la destruction de l'humanité, lorsque l&#…