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Les fils de la terre - Jinpachi Môri et Hideaki Hataji



Fraîchement arrivé au ministère de l’éducation, de la culture, des sports, de la recherche et de la technologie, Shuntaro Natsume se voit confier la lourde tâche de redorer le blason de l’agriculture japonaise. Cette tâche difficile, voire impossible aux dires de ceux qui l’entourent,  Shuntaro l’accepte avec un certain entrain. De ce fait, il va se rendre à la campagne afin de mieux connaître son sujet d’étude. A travers ce voyage, il découvrira l’extrême précarité dans laquelle vivent les agriculteurs japonais et sera confronté à l’absurdité d’un système qui force ses paysans à détruire leur production afin de respecter les quotas imposés. Il rencontrera également Kohei, jeune agriculteur aux faux airs de Nicky Larson, qui vomit le gouvernement et ses représentants. Celui-ci ne manquera pas, et ce à plus d’un titre, de rembarrer Shuntaro en lui faisant bien comprendre que les fonctionnaires et autres ronds de cuir ne peuvent rien comprendre aux gens de la terre. Une fois révélé, le passé de Kohei expliquera cette aversion prononcée.



D’autre part, Shuntaro intègre le lycée agricole local et rencontre des élèves dévalorisés qui n’expliquent leur présence dans cet établissement que par leurs faibles aptitudes scolaires, ne trouvant aucun intérêt à se projeter dans le travail de la terre. L’envoyé du ministère y rencontrera également la sublime Mlle Takashina, enseignante d’anglais qui vit sa mutation dans cet établissement comme une véritable punition. Shuntaro, de par sa bonne humeur naturelle et son abnégation saura remonter l’estime de tout ce beau monde et commencer à ébaucher des plans d’avenir pour un secteur qui, au fil du temps, lui tiendra de plus en plus à cœur. Car sa découverte de la production agricole, il la vit comme un véritable émerveillement : lorsqu’il croque dans un concombre naturel, non traité que Kohei lui tend, ce légume lui procure non seulement un plaisir gustatif mais également une réminiscence qui n’est pas sans rappeler la madeleine de Proust. Dès lors, l’agriculture n’aura de cesse gagner en intérêt à ses yeux.

 



Delcourt nous fait vraiment plaisir avec sa collection de mangas ‘natures’. Une sacrée mamie avait déjà su émerveiller de par sa simplicité et sa générosité. Ici, les émotions en jeu et les valeurs sont sensiblement les mêmes, et les dessins travaillés, soignés, rendent le manga particulièrement agréable à contempler. Pour ce qui est de l’histoire, celle-ci se révèle touchante et même si le caractère de Shuntaro est assez classique pour un héros de manga (avec sa bonhommie qui confine à la naïveté et son abnégation qui fait flancher les plus sceptiques), il n’en est pas moins intéressant compte tenu du contexte factuel présenté ici. Court manga décliné en trois volumes, Les fils de la terre est un petit enchantement à côté duquel il serait malvenu de passer.

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