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Orange - Benjamin


Orange, c’est le prénom d’une lycéenne qui conte son histoire ou tout du moins un épisode marquant de son adolescence. Mal dans sa peau, pas bien dans sa tête, elle incarne l’adolescente standard dans toute sa splendeur. A proprement parler, ce récit est celui d’un suicide, la chronique d’une mort annoncée, en quelques sortes. Car les premières images représentent le corps d’un jeune homme se laissant tomber du haut d’un immeuble et finissant sa chute plusieurs mètres plus bas, sur le toit d’une voiture. Cette entame pour le moins brutale introduit le lecteur dans la relation qu’entretiendront tout au long de la bande-dessinée ce jeune homme répondant au nom de Dashu et Orange.

Toujours très caractéristique, le dessin de Benjamin est sublime. Qu’il s’agisse de faire ressortir le vertige ou la précarité d’un instant, le trait et le style se révèlent toujours aussi efficaces. Une des particularités de Benjamin réside dans sa capacité à conférer plusieurs visages à un même personnage, tant et si bien que l’on en vient parfois à douter presque de qui il est question sur certaines planches. D’autre part le dessin possède une telle précision qu’il confine parfois au photoréalisme.



Sur le fond, Benjamin traite des errements de l’adolescence : sexualité, alcool, profond sentiment de solitude et velléités de perdition, d’abandon. En narratrice misanthrope, Orange se plait à souligner son dégoût des autres et le fait qu’elle ne parvient pas trouver sa place dans une société qu’elle répugne de toute évidence. Cependant, difficile de ne pas considérer ce tableau de la jeunesse chinoise comme étant un peu trop morne. Peut-être ce point faible est-il dû à une traduction un peu légère. Quoiqu’il en soit, cet album vaut son pesant d’or lorsqu’on l’aborde d’un point de vue principalement contemplatif.

On notera une postface de l’auteur qui témoigne de l’implication personnelle qu’il a insufflé à cette bande-dessinée. Ces réflexions, sur fond de mal-être, paraîtront probablement aux yeux de certains comme étant assez…« adolescentes ». A ces considérations seront ajoutées quelques planches bonus de bon aloi.

Reste une question qui demeurera probablement en suspend. Pourquoi présenter une couverture si chaleureuse, pleine de lumière, presque ‘kawaï’ avec cette éblouissante jeune fille que l’on ne retrouve en rien dans la BD ? Bien plus glauque, l’ensemble de l’album ne laisse transparaître aucune gaieté ou chaleur. Contrairement à ce que le lecteur pourrait s’attendre, les tons oscillent globalement vers le bleu… et la déprime.

A noter que cet ouvrage (comme l’ensemble de l’œuvre de Benjamin en France) risque de devenir assez rapidement rare dans la mesure où l’éditeur, Xiao Pan à déposé le bilan à la fin de l’année 2011.



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