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Sin City - Frank Miller


Si Sin City est désormais une série culte dans l’univers des comics, c’est en partie grâce à l’adaptation cinématographique qu’en a fait Robert Rodriguez en 2005, ce qui lui a notamment permis de toucher un plus large public que le restreint cercle des initiés du 9e art américain.

Dans ce premier volume, on suit l’itinéraire de Marv, sorte de brute épaisse friande de bon mot et de règlement de compte à coup de crosse. Aussi cette montagne de muscles aux traits disgracieux voit sa vie basculer lorsqu’une jolie blonde aux formes lascives et répondant au nom de Goldie lui offre ses charmes. Au petit matin, Marv  se réveille aux côtés d’un corps sans vie. Ce corps voluptueux qui vibrait de plaisir quelques heures auparavant ne constitue plus qu’un amas de chaire désincarné. Pourtant, aucune blessure n’est visible. Malgré sa rigidité cadavérique, Goldie demeure sublime. Pour cette beauté peu farouche et ce don de soi, Marv jure de trouver le responsable de ce meurtre. L’enquête qu’il mènera va le conduire vers de hautes instances d’une société corrompue, des strates inaccessibles par le commun des mortels. Mais Marv n’a rien de commun. Le sauvage pure souche qu’il est ne craint personne, et c’est écrit, ses ennemis vont déguster.

                                  

A travers ce premier épisode, Miller nous présente une cité du vice qui n’a pas usurpé son nom. Stupre et violence y font bon ménage. Ce roman graphique entièrement conçu en noir et blanc est un petit bijou de jeu sur les contrastes. Dans ce décor de désaxés, les femmes sont de toute beauté (Marv sait d’ailleurs en témoigner avec sa gouaille toute naturelle : « J’regarde Lucille glisser son corps sublime dans mon manteau et pour sans doute la millième fois, j’me dis qu’être gouine avec un matos pareil, c’est vraiment du gâchis. ») et les hommes des brutes épaisses qui flinguent bien souvent avant de poser les questions. Miller consacre tout un passage sous la pluie dans lequel les cases sont striées de blanc. Ces planches sont tout simplement superbes. La qualité graphique de cette bande-dessinée se marie parfaitement aux textes souvent mis en marge et d’une qualité d’écriture de haute tenue.

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