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Batman, Amère Victoire - Jeph Loeb, Tim Sale


Christopher Nolan avait témoigné de l’influence qu’avait exercé Un long Halloween sur ses adaptations cinématographiques des aventures du Chevalier Noir, retraçant notamment dans ses films l’impact de la mafia sur la ville de Gotham. Dans cet album, Jeph Loeb et Tim Sale mettaient en scène des meurtres ayant lieu chaque jour de fête national, crimes qui bousculaient le petit cercle de la pègre. Entre guerres intestines opposant Falcone à Maroni et les soupçons de Batman envers Harvey Dent, l’intrigue forçait chacun des protagonistes à vérifier la loyauté de chacun de ses alliés. Aidé du capitaine Gordon et du procureur Dent, Batman menait l’enquête au sein d’un album moins tourné vers l’action que vers le polar pur. Avec Amère victoire, Loeb et Sale livrent une suite au Long Halloween tout en en respectant scrupuleusement l’ambiance.


Les faits se situent un an après que le tueur d’Halloween fut démasqué, alors que de nouveaux meurtres en série viennent frapper la ville de Gotham. Seulement, les victimes ne sont plus des membres de la pègre mais des hommes ayant un lien de près ou de loin avec les forces de l’ordre. Malgré une mafia clairement diminuée, Gotham est toujours autant rongée par le crime et la corruption, et même si le commissaire Gordon œuvre toujours aux côtés du chevalier noir afin de faire régner la justice, leur ancien partenaire, Dent, a pour sa part clairement sombré dans la déréliction et la criminalité, rejoignant ainsi les rangs de ceux qu’il combattait auparavant. L’ancien procureur a bel et bien laissé place à une nouvelle entité répondant au nom de double-face.  Gordon et Batman se voient profondément affecté par la voie emprunté par leur ancien ami, même si l’homme-chauve-souris, sous une placide intransigeance, feint l’impassibilité.



Comme pour Un long Halloween, de nombreux vilains sont présents à la différence que s’ils se succédaient dans l’album précédent de façon épisodique, ils apparaissent de façon plus condensée dans Amère victoire, quitte à créer des alliances plus ou moins ordonnées et hiérarchisées. A ce titre, le joker n’est encore une fois qu’une figure de passage en peine de charisme et d’épaisseur, mas probablement est-ce là un parti pris de la part de Loeb et Sale, dans la mesure où le vilain principal et emblématique par excellence demeure ici Double-face.

D’autre part, Amère victoire introduit un nouveau personnage, Dick Grayson, jeune acrobate qui, suite à la mort tragique de ses parents lors d’une représentation, goûtera à la solitude et à la soif de justice en adoptant le nom de Robin. A noter à ce titre un joli parallèle effectué entre ce jeune homme et l’enfant qu’était Bruce Wayne suite à l’assassinat de ses parents.

Amère Victoire est une belle réussite et prolonge l’adaptation que Loeb et Sale ont livré de Batman via Un long Halloween. Gotham est toujours aussi glauque et la solitude des héros y est plus que jamais prégnante. En somme, un très bon comics.


Commentaires

  1. Très belle planche que tu aies mise pour faire le parallèle Dick/Bruce.

    Sinon bien sur que le Joker manque de charisme, car Double face prend toute la place !

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  2. Ce n'est pas faux, sans compter qu'il faut bien varier les plaisirs!

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