Accéder au contenu principal

Daytripper - Gabriel Ba, Fabio Moon.

Initialement publié chez Vertigo outre-atlantique et désormais disponible chez Urban Comics, Daytripper est un bande-dessinée qui fut autant appréciée par Cyril Pedrosa que Par Craig Thompson. Le lecteur francophone peut désormais voyager à travers les diverses morts de Bras, ainsi qu’au travers de ses résurrections narratives.

 

« Des gens meurent tous les jours.

C’était la pensée la plus réconfortante effleurant Bras pendant que défilaient devant lui toutes les nécrologies qu’il avait écrites pour le journal. »



Daytripper, conte l’histoire de Bras, jeune nécrologue dont l’histoire, ou plutôt les versions d’histoires vont être retranscrites via ses diverses morts alternatives. Car le postulat des deux dessinateurs Fabio Moon et Gabriel Ba, frères jumeaux, est de faire vivre leur personnage à travers divers épisodes de son existence. Ainsi, cet écrivaillon spécialisé dans la mort va connaître, par les yeux du lecteur, plusieurs versions de son trépas. Ironique s’il en est, ce parti pris de Moon et Ba permet au lecteur de glaner, au fil des séquences, des bribes d’identités de cette personne en proie à de nombreux questionnements, vis-à-vis de l’amour, de l’amitié ou encore de son relationnel avec son père, écrivain de renom. Cette relation père-fils compliquée rythmera l’ensemble de l’album même si avec Bras, le lecteur aura forcément tendance à s’identifier dans les épisodes phares de son existence. Le premier amour, la première rupture, les enfantillages, tout ou presque est exposé de façon subtile, tendre et nostalgique. Cet album sait cependant virer de bord et prendre des tours très surprenant, sans compter qu’à travers ces dix morts exposées, la violence, d’une façon ou d’une autre, est forcément de mise.

Les frères Moon et Ba proposent avec Daytripper une véritable pépite dont la narration est intelligemment maîtrisée de bout en bout. Il fait appel aux errements de tout un chacun en croquant avec subtilité et talent les destins d’un homme.

 

                                                                                     Daytripper, Gabriel Ba, Fabio Moon
                                                                                     Vertigo, Urban Comics. 2012. 22.50 euros.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Les derniers jours de Stefan Zweig - Sorel, Seksik

En étant un peu sarcastique, on pourrait considérer que le principal défaut de Stefan Zweig a été d’embrasser la cause humaniste à une époque où l’humain était remis en question compte-tenu des barbaries perpétrées. Pour cet homme qui fut, rappelons-le, un des plus grands écrivains de la première moitié du XXe siècle - orientant son œuvre sur la psychologie de ses personnages – il fallait fuir, au regard de ce qu’il se passait dans le pays qui l’a vu naître. Mais avec elle, c’est bien l’ensemble de l’Europe qui est en train de brûler tant au sens propre qu’au sens figuré.
L’exil fut, pour cet homme le dernier recours pour ne pas sombrer. L’Amérique est alors une destination de choix pour délaisser un continent fangeux avec ses idées dans la boue . Après avoir goûté au crachin londonien et quitté New York à contre cœur, c’est au Brésil qu’il trouve un simulacre de havre de paix, un monde chaleureux. En apparence, du moins, car Zweig ne néglige pas les horreurs qui se trament de l’autre…

Bukowski en quelques ouvrages

Un peu (beaucoup) dans le prolongement de ma vidéo concernant « Sur l’écriture » de Charles Bukowski, voici une petite sélection d’ouvrages du père Buk à consommer avec la modération de rigueur. Ces dernières années ont vu fleurir les parutions posthumes du vieux Buk, notamment chez Grasset qui a publié dans la foulée « Le retour du vieux dégueulasse » (2014), puis « Un carnet tâché de vin » Grasset (2015). Si le premier est un recueil de nouvelles telles que l’on avait l’habitude d’en lire chez Bukowski, comme c’était le cas dans les « Contes de la folie ordinaire » ou dans « Au sud de nulle part » entre autres, « Un carnet tâché de vin » présente, lui, des écrits un peu plus épars, en mode fond de tiroir (nouvelles et chroniques, considérations sur la littérature…). Mais outre Grasset, ce sont les éditions 13e Note qui se sont illustrées dans le registre bukowskien en publiant « Sheakespeare n’a jamais fait ça ». Pour rappel, les éditions 13e Note étaient quand même …

Angot par Libération, le glauque et l'inceste comme littérature branchouille

On le sait, la presse écrite va mal. Et quand elle n’écrit pas mal ou vite, il n’est pas rare de se trouver en présence de Unes quelquefois racoleuses afin d’attirer le chaland. Pour son numéro du 4 septembre 2012, Libération n’a pas manqué d’audace en considérant, en première page, le dernier livre de Christine Angot « Une semaine de vacances » comme étant rien de moins que « Le chef-d’œuvre de la rentrée ». Faisant fi des romans ayant le vent en poupe lors de cette rentrée littéraire (Deville, Adam, etc.) ou des auteurs plus discrets (Louise Erdrich, Richard Powers, Jim Harrison) ce quotidien décide de frapper un bon coup dans la fourmilière et consacre pas moins de quatre pages à l’auteure afin de légitimer les éloges concernant son dernier ouvrage. Seulement, la fourmilière a déjà maintes fois été maltraitée et lui rejouer sempiternellement le coup du livre qui choque ne fait plus vraiment son effet.
Car les termes ‘Angot’ et ‘polémique’ sont tellement liés l’un à l’autre que les é…