Accéder au contenu principal

Le rêve de l'homme lucide - Philippe Ségur




Simon Perse est un écrivain insomniaque ayant renoncé à lutter contre ses problèmes de sommeil. Bien au contraire, il s’administre la prise de petites pilules visant à le maintenir éveillé et ce dans un but très simple : se passer purement et simplement de sommeil. Le protagoniste de ce roman est un personnage solitaire qui a choisi de s’inscrire dans une certaine marginalité. En père de famille divorcé, il ne regrette en rien son ancienne de vie de famille qu’il ne manque pas de qualifier d’ennuyeuse. Avec ce nouveau roman, Philippe Ségur met une fois de plus en exergue un personnage entrant en rupture avec le monde qui l’entoure (comme cela pouvait être le cas dans Vacance au pays perdu). Simon est en effet en prise avec un monde qu’il peine à accepter et si ses confrontations avec son psy je-m’en-foutiste et ses deux enfants (notamment sa fille de douze ans à la maturité terrifiante) savent le lui rappeler, son expérience d’homme sans sommeil va le mener à arpenter des sentiers de la connaissance de soi qu’il n’avait encore jamais soupçonné. Cette expérience insomniaque doublée d’une automédication des moins conseillée causent à ce protagoniste de sérieux maux de tête, mais peut-être n’est-ce qu’anecdotique comparé aux visions auxquelles il est confronté. Car Simon, à travers sa journée sans fin se voit happé dans d’autres peaux que la sienne, à d’autres époques qu’à cette ère de surconsommation à laquelle il appartient. Projeté ainsi dans d’autres espaces-temps puis ramené à son époque de façon totalement anarchique, Simon en viendra logiquement à être déboussolé et à douter de son identité.

Impossible, à la lecture de cet ouvrage, de ne pas songer au Vagabond des étoiles de Jacques London, roman audacieux dans lequel un homme incarcéré usait de la méditation pour revivre ses vies antérieures. Cependant, Le rêve de l’homme lucide se place dans un registre tout autre où humour et satire de la société font bon ménage, le tout mené de main de maître par la plume exquise de Philippe Ségur.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Les derniers jours de Stefan Zweig - Sorel, Seksik

En étant un peu sarcastique, on pourrait considérer que le principal défaut de Stefan Zweig a été d’embrasser la cause humaniste à une époque où l’humain était remis en question compte-tenu des barbaries perpétrées. Pour cet homme qui fut, rappelons-le, un des plus grands écrivains de la première moitié du XXe siècle - orientant son œuvre sur la psychologie de ses personnages – il fallait fuir, au regard de ce qu’il se passait dans le pays qui l’a vu naître. Mais avec elle, c’est bien l’ensemble de l’Europe qui est en train de brûler tant au sens propre qu’au sens figuré.
L’exil fut, pour cet homme le dernier recours pour ne pas sombrer. L’Amérique est alors une destination de choix pour délaisser un continent fangeux avec ses idées dans la boue . Après avoir goûté au crachin londonien et quitté New York à contre cœur, c’est au Brésil qu’il trouve un simulacre de havre de paix, un monde chaleureux. En apparence, du moins, car Zweig ne néglige pas les horreurs qui se trament de l’autre…

Éloge de la masturbation - Philippe Brenot

Ah, la masturbation, sujet tabou, et pourtant pratique au combien répandue... Paru il y a maintenant une dizaine d'années, cet Eloge de la masturbation tend à réhabiliter voire même vanter cet acte devenu somme toute assez commun en ce début de XXIe siècle mais dont l'approche a considérablement évolué au fil du temps.


La sexualité ayant été tabou des siècles durant, on ne s'étonnera pas du fait que l'autoérotisme et sa manipulation la plus fétiche eurent droit à des réprimandes bien corsées. Terme vraisemblablement apparu pour la première fois sous la plume de Montaigne, la masturbation va devoir son caractère impie à la découverte par Leeuwenhoek en 1677 de spermatozoïde dans le liquide seminal masculin. De fait, l'intégralité des médecins du XVIIIe siècle visera à condamner cette pratique, Brenot évoque ainsi une croisade "légitimée par une très grande peur, celle de la fin du monde, et le fantasme de la destruction de l'humanité, lorsque l&#…

La Grande Odalisque - Vivès, Ruppert et Mulot

« Tu fais quoi dans la vie, Alexandra ? -Moi ? Pas grand-chose. Des bêtises. -« Des bêtises ? » Mais c’est génial comme métier. C’est exactement le plan de reconversion professionnelle qu’il me faudrait… Tu embauches ? » Alors qu’il continue de briller chez Shampooing en publiant ses notes de blog sous des thématiques bien précises (« Le jeu vidéo », « L’amour »…), Bastien Vives se joint à Ruppert & Mulot afin de s’offrir un trip à la Cat’s Eyes.
Pour tous les trentenaires qui ont fait leurs dents sur les dessins-animés du Club Dorothée, « Cat’s Eyes » (créé par Tsukasa Hojo, auteur également de « City hunter ») renvoie aux premiers émois libidinaux ressentis par le prisme d’un poste de télévision. A l’instar de Wonder Woman (campée par la délicieuse Lynda Carter) ces filles aux collants moulant jouant les cambrioleuses de charme ont émerveillé plus d’un bambin, à commencer par moi. Quand on a dix piges, impossible de ne pas avoir les yeux exorbités face à ces corps aux courbes lasci…