Accéder au contenu principal

Soldat inconnu – T.1 Possédé – Joshua Dysart, Alberto Ponticelli

Quand le docteur Moses Lwanga retourne en Ouganda, son pays natal, et y découvre un pays ravagé par les maladies, les conflits et la sauvagerie des hommes, c’est un peu de lui-même qui va se révéler. Une bande-dessinée brutale à déconseiller aux âmes sensibles.

 

Médecin de profession, Moses Lwanga est un américain d’origine ougandaise. Attaché à ses racines, il revient sur la terre qui l’a vu naître afin d’y apporter une aide humanitaire. Cependant, ce médecin, alors accompagné de sa bien aimée va vite réaliser qu’effectuer son devoir dans un pays ravagé par les conflits et où les enfants soldats sont légion, ne relève pas de la tâche la plus anodine. Sans compter que Moses est sujet à d’étranges vision, des rêves brutaux le mettant en scène, débordant d’une rage qu’il ne se connaît pas. Le contexte de barbarie ne va pas aider notre cher médecin qui va rapidement perdre pied et laisser place à une entité bien plus violente et intransigeante que lui.


Soldat inconnu est une bande-dessinée audacieuse mettant en scène certains pans des blessures africaines et faisant de l’Ouganda un lieu d’action atypique dans laquelle un homme de conviction initialement sain va virer dans une soif de justice confinant à une brutalité des plus démentes. Bientôt le visage recouvert de bandages disgracieux, Moses fond littéralement sous les traits d’une sorte de héros moderne et violent qui sait que pour survivre, dans ce pays, il faut savoir faire fi de tout ce que l’on sait, ou croit savoir. Car quand les enfants meurent, s’entretuent ou violent les leurs, il n’y a peut-être plus vraiment de place pour les beaux discours conformistes. La déraison trône, et il faut composer avec.
A noter que cet ouvrage possède une postface de l’auteur, une brève histoire de l’Ouganda ainsi qu’un glossaire, visant à familiariser de façon pertinente le lecteur avec un pays dont il ne connaît peut-être que le nom.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Les derniers jours de Stefan Zweig - Sorel, Seksik

En étant un peu sarcastique, on pourrait considérer que le principal défaut de Stefan Zweig a été d’embrasser la cause humaniste à une époque où l’humain était remis en question compte-tenu des barbaries perpétrées. Pour cet homme qui fut, rappelons-le, un des plus grands écrivains de la première moitié du XXe siècle - orientant son œuvre sur la psychologie de ses personnages – il fallait fuir, au regard de ce qu’il se passait dans le pays qui l’a vu naître. Mais avec elle, c’est bien l’ensemble de l’Europe qui est en train de brûler tant au sens propre qu’au sens figuré.
L’exil fut, pour cet homme le dernier recours pour ne pas sombrer. L’Amérique est alors une destination de choix pour délaisser un continent fangeux avec ses idées dans la boue . Après avoir goûté au crachin londonien et quitté New York à contre cœur, c’est au Brésil qu’il trouve un simulacre de havre de paix, un monde chaleureux. En apparence, du moins, car Zweig ne néglige pas les horreurs qui se trament de l’autre…

Éloge de la masturbation - Philippe Brenot

Ah, la masturbation, sujet tabou, et pourtant pratique au combien répandue... Paru il y a maintenant une dizaine d'années, cet Eloge de la masturbation tend à réhabiliter voire même vanter cet acte devenu somme toute assez commun en ce début de XXIe siècle mais dont l'approche a considérablement évolué au fil du temps.


La sexualité ayant été tabou des siècles durant, on ne s'étonnera pas du fait que l'autoérotisme et sa manipulation la plus fétiche eurent droit à des réprimandes bien corsées. Terme vraisemblablement apparu pour la première fois sous la plume de Montaigne, la masturbation va devoir son caractère impie à la découverte par Leeuwenhoek en 1677 de spermatozoïde dans le liquide seminal masculin. De fait, l'intégralité des médecins du XVIIIe siècle visera à condamner cette pratique, Brenot évoque ainsi une croisade "légitimée par une très grande peur, celle de la fin du monde, et le fantasme de la destruction de l'humanité, lorsque l&#…

Angot par Libération, le glauque et l'inceste comme littérature branchouille

On le sait, la presse écrite va mal. Et quand elle n’écrit pas mal ou vite, il n’est pas rare de se trouver en présence de Unes quelquefois racoleuses afin d’attirer le chaland. Pour son numéro du 4 septembre 2012, Libération n’a pas manqué d’audace en considérant, en première page, le dernier livre de Christine Angot « Une semaine de vacances » comme étant rien de moins que « Le chef-d’œuvre de la rentrée ». Faisant fi des romans ayant le vent en poupe lors de cette rentrée littéraire (Deville, Adam, etc.) ou des auteurs plus discrets (Louise Erdrich, Richard Powers, Jim Harrison) ce quotidien décide de frapper un bon coup dans la fourmilière et consacre pas moins de quatre pages à l’auteure afin de légitimer les éloges concernant son dernier ouvrage. Seulement, la fourmilière a déjà maintes fois été maltraitée et lui rejouer sempiternellement le coup du livre qui choque ne fait plus vraiment son effet.
Car les termes ‘Angot’ et ‘polémique’ sont tellement liés l’un à l’autre que les é…