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Kingdom Come - Mark Waid, Alex Ross

Urban Comics réédite Kingdome Come, bande-dessinée mettant en scène une Ligue des Justiciers vieillissante. Un album incontournable.


Avec Kingdom Come, Mark Waid et Alex Ross ont imaginé un monde dans lequel les super-héros cultes que représentent Superman, Wonder Woman ou encore Green Lanthern sont devenus des référents de taille auxquels les humains prennent parfois un certain plaisir à s’identifier. Mais ces héros sont d’une autre époque. Évoquer leur nom, c’est éveiller une certaine nostalgie, une époque où, clairement dessinée, la frontière entre bien et mal ne souffrait d’aucune ambigüité. Aujourd’hui, les super-héros sont légions et n’ont plus grand-chose en commun avec leurs illustres aînés, hormis leurs capacités extraordinaires. Ils passent le plus clair de leur temps à se faire la guerre entre eux, par simple loisir, histoire de briller et de savoir qui est le plus fort. Si bien qu’ils ne semblent plus faire grand cas des notions de devoir et de justice. Pour ces héros sans cause, le monde ne semble plus être une chose à chérir et à défendre, mais se résume davantage à un vaste terrain de jeu. Face à cette tyrannie du caprice, les humains demeurent sans alternative. Dubitatif, Norman MCCay, un pasteur septuagénaire, contemple un monde à l’agonie et sans repère. C’est dans un élan de supplication qu’il est visité par un être étrange qui va lui montrer le déroulement des événements qui nous intéressent ici.
 
 
Face à la montée des périls, un retour de la première génération de super-héros semble incontournable. C’est dans cette optique que Wonder Woman partira à la recherche d’un Clark Kent en exil, se consacrant uniquement à l’entretien de la ferme de ses parents. Cheveux longs et barbe grise, il n’a plus la fière prestance du héros qu’il incarnait. Et pourtant, cédant à la requête de Wonder Woman, il effectuera son retour parmi le monde et tentera de recréer la Ligue des Justiciers afin de faire face aux inconsidérations de la nouvelle génération.

Avec ce comics, le lecteur aborde un pan de la vie des plus charismatique super-héros jusque là inédit. Waid et Ross montrent l’évolution des plus éminentes figures de l’univers DC. On trouve un Superman blasé dans un premier temps, qui peine à croire en la justice, un idéal qu’il s’est pourtant évertué à conserver durant toute sa vie de ‘justicier’ (il y reviendra d’ailleurs). Lex Luthor, quand à lui est égal à lui-même, puissant, fourbe et calculateur. Batman, pour sa part, se voit modernisé sous les traits d’un Bruce Wayne vieillissant dont les muscles saillants ont été troqués par des accessoires mécaniques. Il tient sa ville de Gotham City d’une main de fer et sa ferveur sécuritaire a même des relents de 1984. Personnage assez trouble, il constitue l’une des figures les plus intéressantes de cet épisode.

A travers cette bande-dessinée, on suit également les désaccords entre les vieux comparses. Superman se confronte à un Batman dont les conceptions ont évoluées différemment des siennes et il se chamaille à plus d’un titre avec la sublime Wonder Woman. Cet ouvrage offre un hommage au Capitaine Marvel (une figure emblématique en matière de super héros de l'âge d'or des comics) toujours aussi puissant. Le dessin est fabuleux et les choix graphiques inspirés. Cerise sur le gâteau, Urban Comics soigne une fois de plus le travail en offrant de nombreux bonus dont des textes de Waid et Ross et une galerie d’illustration, entre autres. On appelle ça un classique servi par une édition d'exception.

"Kingdom Come", de Mark Waid et Alex Ross, Urban Comics, 320 pages, 28 euros.

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