Accéder au contenu principal

La famille - Bastien Vivès


Déjà paru dans la collection Shampooing, Le jeu vidéo constituait un recueil de scripts sur un des péchés coupables de l’auteur de Polina, celui ayant trait à l’art du bas-avant gros poing et du ‘frag’ obsessionnel. Toujours dans cette même collection chapeautée par Lewis Trondheim vient de paraître La famille. Vivès y reprend le même format humoristique tout en rendant le contenu plus accessible à un large public. Quoique, il faut le dire vite, car si avec cette bande-dessinée le lecteur n’aura pas à décrypter ce qu’est un ‘shoryu cancel’ ou à saisir la pleine essence du ‘mind game’, les strips proposés ici ne seront pas à conseiller au premier lecteur des Légendaires venu.
Car là où la typographie du titre se veut traditionnaliste (image d’Epinal, es-tu là ?), l’humour que l’on retrouve dans le cœur de l’ouvrage lorgne davantage vers le subversif et le  décalé. Dès le début, Vivès pose le décor. Tranquillement installés à une table, un père et son fils s’embarquent dans une discussion des plus surréalistes. Alors que le bambin demande au pater familias ce qu’est une turlutte, on s’attend à une suite formelle dans laquelle le parent responsable s’offusque qu’on lui pose une telle question (une simple version décalée de la publicité Lactel, en somme). Il n’en est rien. Stoïque, le père répond avec calme et crudité à sa progéniture et ne manquera pas d’approfondir le sujet sans pudeur tout en proposant une clope à son fils. Les strips de cet acabit justifient le caractère « Pour lecteur averti » de ce livre. Cependant, l’humour de Vivès fait mouche, une fois de plus. Son pari est moins de proposer un album visant à éveiller la nostalgie (comme cela pouvait être le cas dans Le jeu vidéo) que d’aborder une alternative de la famille telle qu’elle pourrait être, notamment à l’avenir. De ce fait, la rencontre des parents ne ressemble en rien à une aventure romantique ou épique, mais à un feuilleton qui se résume à des liens Facebook. Hilarant et très bien vu.


Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Les derniers jours de Stefan Zweig - Sorel, Seksik

En étant un peu sarcastique, on pourrait considérer que le principal défaut de Stefan Zweig a été d’embrasser la cause humaniste à une époque où l’humain était remis en question compte-tenu des barbaries perpétrées. Pour cet homme qui fut, rappelons-le, un des plus grands écrivains de la première moitié du XXe siècle - orientant son œuvre sur la psychologie de ses personnages – il fallait fuir, au regard de ce qu’il se passait dans le pays qui l’a vu naître. Mais avec elle, c’est bien l’ensemble de l’Europe qui est en train de brûler tant au sens propre qu’au sens figuré.
L’exil fut, pour cet homme le dernier recours pour ne pas sombrer. L’Amérique est alors une destination de choix pour délaisser un continent fangeux avec ses idées dans la boue . Après avoir goûté au crachin londonien et quitté New York à contre cœur, c’est au Brésil qu’il trouve un simulacre de havre de paix, un monde chaleureux. En apparence, du moins, car Zweig ne néglige pas les horreurs qui se trament de l’autre…

Éloge de la masturbation - Philippe Brenot

Ah, la masturbation, sujet tabou, et pourtant pratique au combien répandue... Paru il y a maintenant une dizaine d'années, cet Eloge de la masturbation tend à réhabiliter voire même vanter cet acte devenu somme toute assez commun en ce début de XXIe siècle mais dont l'approche a considérablement évolué au fil du temps.


La sexualité ayant été tabou des siècles durant, on ne s'étonnera pas du fait que l'autoérotisme et sa manipulation la plus fétiche eurent droit à des réprimandes bien corsées. Terme vraisemblablement apparu pour la première fois sous la plume de Montaigne, la masturbation va devoir son caractère impie à la découverte par Leeuwenhoek en 1677 de spermatozoïde dans le liquide seminal masculin. De fait, l'intégralité des médecins du XVIIIe siècle visera à condamner cette pratique, Brenot évoque ainsi une croisade "légitimée par une très grande peur, celle de la fin du monde, et le fantasme de la destruction de l'humanité, lorsque l&#…

La Grande Odalisque - Vivès, Ruppert et Mulot

« Tu fais quoi dans la vie, Alexandra ? -Moi ? Pas grand-chose. Des bêtises. -« Des bêtises ? » Mais c’est génial comme métier. C’est exactement le plan de reconversion professionnelle qu’il me faudrait… Tu embauches ? » Alors qu’il continue de briller chez Shampooing en publiant ses notes de blog sous des thématiques bien précises (« Le jeu vidéo », « L’amour »…), Bastien Vives se joint à Ruppert & Mulot afin de s’offrir un trip à la Cat’s Eyes.
Pour tous les trentenaires qui ont fait leurs dents sur les dessins-animés du Club Dorothée, « Cat’s Eyes » (créé par Tsukasa Hojo, auteur également de « City hunter ») renvoie aux premiers émois libidinaux ressentis par le prisme d’un poste de télévision. A l’instar de Wonder Woman (campée par la délicieuse Lynda Carter) ces filles aux collants moulant jouant les cambrioleuses de charme ont émerveillé plus d’un bambin, à commencer par moi. Quand on a dix piges, impossible de ne pas avoir les yeux exorbités face à ces corps aux courbes lasci…